A l'océan.

Face à l'angoisse du temps qui semble passer de plus en plus vite, je veux tout consigner, ne rien oublier, être la gardienne de leurs souvenirs d'enfance, de nos souvenirs de parents, la malle aux trésors de notre vie ensemble. Tout est dans mon coeur, dans ma tête, dans mes pellicules pas développées, dans mes agendas, mes petits carnets semés dans notre appartement. 
Début juin 2017, on pourra dire que nous étions là, face à l'océan déchaîné, que ce week-end là, nous n'avions pas pu mettre un pied dans l'eau tant les vagues étaient fortes. On pourra se souvenir que Thaïs n'était pas là, déjà happée par sa vie d'adolescente, ses premiers week-ends à elle sans nous, que comme nous avions une place de libre dans la voiture et un lit vide dans la maison de vacances, nous avions emmené Blanche, la meilleure copine de Zoé. On se dira qu'il faisait déjà drôlement chaud pour un début de mois de juin, et que c'était même pas encore l'été, que les jours à rallonge nous les exploitions jusqu'à la nuit, que les enfants étaient crevés, que les lundis matins piquaient mais que c'était bientôt les vacances. 
On essayera de se rappeler que Arthur était vachement fort aux échecs, que ce week-end-là j'avais interdit les écrans parce que quand-même la vraie vie, c'est bien mieux les yeux grands ouverts, que j'avais emmené des jeux de société, que chacun avait un peu ricané de mes idées de fille née en 1980 mais que finalement tout le monde y avait joué. 
On se souviendra de la maison des cousins, au milieu de la forêt, de la cabane dans l'arbre, de la tyrolienne où chaque enfant s'est fait mal au moins une fois mais y remonte à chaque fois, des fous rire dans la piscine, de Violette, de Balthazar, tonton Golgot et Louise. 
Nos week-ends, au printemps de ses trois ans et demi, de ses onze ans et de leur adolescence ressemblent à ça, et nous avons pleine conscience d'avoir une chance incroyable.